Un coupable parfait

Harry Hole est un policier déchu, alcoolique et exilé de Norvège à Hong-Kong. Au début de cette  neuvième aventure du héros récurrent de Jo Nesbo, son ex compagne l’appelle au secours. Son fils est emprisonné pour le meurtre d’un jeune dealer. Tout accuse Oleg, et pour la police l’enquête est close. Hole veut croire à l’innocence du jeune homme et investigue dans le milieu des toxicomanes à Oslo. En apparence le trafic de drogue à décru, les rues ont été assainies grâce à l’action du nouveau chef de la police. En réalité le marché est entre les mains d’un seul gang, dirigé par un parrain énigmatique dont on ne connaît qu’un surnom : Dubaï. Ses sbires ont substitué à l’héroïne une substance mystérieuse, la fioline, produite par un chimiste véreux. Dans ses recherches, Hole croise une galerie de personnages étranges, cyniques ou corrompus : un policier ambitieux, une politicienne chasseresse, un prêtre défroqué philosophe. Aidé par un avocat amoureux de sa campagne il aura recours à des méthodes peu orthodoxes pour faire triompher la justice. En contrepoint de l’intrigue, la victime du meurtre raconte son histoire à son père adoptif, aidant le lecteur à assembler les pièces du puzzle. Les rebondissements en cascade d’une affaire tortueuse et nauséabonde à souhait tiennent en haleine jusqu’à l’ultime chute.

Je n’avais pas lu Jo Nesbo avant ce dernier roman. J’ai été séduit par la complexité des personnages, la richesse des intrigues secondaires, la noirceur du regard porté sur la société norvégienne et la maîtrise de l’intrigue. Encore un excellent polar noir scandinave.

Titre : Fantôme
Auteur :
Editeur : Plon

Méandres italiens

Le Matériel du TueurSi l’Italie n’a pas de secret pour vous, si vous distinguez du premier coup d’œil un milanais d’un romain, et que vous aimez les histoires policières qui prennent leur temps pour arriver, alors ce livre est fait pour vous. Dans le cas contraire vous risquez – comme moi – de rester un peu sur votre faim à sa lecture.

L’intrigue démarre assez paresseusement : Haile, un détenu africain s’évade au cours de son transfert à l’hôpital dans une ambulance dont tous les occupants sont tués. Elena Rinaldi, commissaire de police se lance à sa poursuite à travers l’Italie, découvrant peu à peu sa véritable identité et le but de sa cavale. Vue comme cela, l’histoire paraît simple. Elle est émaillée de nombreuses digressions, tant du point de vue du fugitif que de celui de ses poursuivants qui font que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman. L’auteur à la particularité agaçante d’appeler ses personnages tantôt par leur nom tantôt par leur prénom qui fait qu’on a un peu de mal à comprendre qui est qui. Pour ajouter à la complexité du propos, le lecteur est confronté à quelques intrigues secondaires autour d de Ferraro, un policier, ancien amant de l’héroïne, embarqué malgré lui dans la traque tout en cherchant à résoudre une autre enquête, tuyauté par Lanza, fonctionnaire dont les oracles ressemblent à ceux de la Pythie

Pourtant au fur et à mesure que le lecteur avance dans l’histoire, le rythme s’accélère, le filet se resserre autour du fugitif, on comprend peu à peu le jeu des enquêteurs entre eux et on se surprend à ne plus lâcher le livre jusqu’au sprint final haletant.

Au total ce roman est un polar atypique et très typé qui pourra agacer ou passionner simultanément ou successivement mais qui récompensera le lecteur persévérant.

Une histoire et puis c’est tout

La vérité sur l'affairePrimé à la fois par l’Académie Française et le Goncourt des Lycéens, ce livre ne laisse pas indifférent. Avant tout l’auteur distille une bonne histoire qui n’épargne pas le lecteur jusqu’au bout de sa découverte.

Qui est vraiment Nola Kergellan, jeune fille assassinée en 1975, dont les restes sont retrouvés trente ans plus tard dans la propriété de l’écrivain Harry Québert ? Son disciple Marcus Goldmann, narrateur du roman, va s’attacher à le découvrir. En panne d’inspiration après un premier succès fulgurant il cherche auprès de son vieux maitre les recettes du succès. Il va plonger dans une tourmente qui va bouleverser la petite ville d’Aurora,  il fera de cette histoire le sujet de son livre.

Bien sûr l’écriture n’est pas irréprochable, certes le narrateur est antipathique et caricatural. On peut considérer que le livre dans le livre dans le livre et la cascade de rebondissements toutes les 20 pages sont un peu too much. Il n’en reste pas moins que je n’ai pas eu envie de lâcher ce livre avant la fin. Pour peu que l’on soit amateur de suspense, on est pris au jeu de façon irrésistible; A ce titre ce livre est donc une réussite.

 

Un bulldozer diesel

Autant le dire, l’histoire commence lentement et comme le style est – parfois – un peu lourd, le lecteur a besoin d’un peu de patience. Dans une petite ville du Wisconsin, la police reçoit un appel téléphonique brusquement interrompu. Par acquit de conscience le sheriff envoie son adjointe faire une vérification sur les lieux. Bon, la maison distante de quelques dizaines de kilomètres est isolée au bord d’un lac et l’adjointe  a terminé son service. Mais il en faut plus pour rebuter Brynn, vaillant petit soldat toujours prêt a rendre service. en arrivant sur les lieux,elle découvre deux cadavres et une rescapée. A partir de là, la tension ne faiblit pas pendant trois cents pages. Deux tueurs se lancent à la poursuite de la policière et de la rescapée dans la nuit et la forêt. Entre castors juniors et Mc Gyver, les deux femmes vont rivaliser d’ingéniosité, de courage et de persévérance pour échapper à leurs poursuivants. Unité de lieu, unité d’action, rebondissements – un peu trop –  enchainés, l’histoire est palpitante et on a peine à lâcher le livre. La cavale se termine de façon dramatique, et il reste 100 pages. Dans ce dernier quart, la tension est retombée mais on découvre que les apparences étaient trompeuses… Un thriller redoutablement efficace sans fioritures ni effets de manche mais qui impressionne par sa capacité à maintenir la tension.

Un polar à l’ancienne, solide et bien charpenté.

Lincoln Perry est le héros récurrent de M. Koryta, jeune auteur – il est né en 1983 – que je découvre avec ce roman.Classiquement, Perry est détective privé de son état, plus original son client, du moins celui qui voudrait l’être, est un assassin. P. Harisson a bénéficié d’un programme de réinsertion mené par la soeur d’un mafieux, à sa sortie de prison il demande au héros de partir à la recherche de sa bienfaitrice qui a disparu douze ans plus tôt. Perry rechigne à accepter cette étrange demande mais finit par accepter une enquête qui sera longue et  tortueuse. Elle plongera dans un passé aux répercussions très présentes. Les rebondissements multiples donnent à ce livre son principal atout : la tension permanente. Les personnages sont finement décrits, les intrigues secondaires ne sont pas extrêmement développées mais elles contribuent à l’intérêt du livre. On a du mal à lâcher le héros avant la fin de sa quête et à l’arrivée, le lecteur n’est pas déçu du voyage dans le temps. A recommander chaudement

Livre critiqué dans le cadre de masse critique de Babelio

Les miscellanées de Mr Bata

Le sous-titre de « Mine de petits riens sur un lit à baldaquin » est plus évocateur que son titre : « rêves d’insomniaque transcrits dans un journal de bord judicieusement déraisonnable » .Ecrit pendant les nuit d’insomnie, pendant un peu plus de 4 mois,ce journal s’ouvre à chaque fois par par une exergue, suivie d’un poème, d’un fragment, parfois d’une nouvelle brève. Tous ces textes tournent beaucoup autour du sommeil et un peu autour de la mort. Tout celà forme un ensemble assez disparate, parfois un peu foutraque, difficile à lire d’une seule traite. C’est un livre qui se déguste le soir au coucher comme une tasse d lait au miel, il plaira aux insomniaques qui retrouveront les pensées parfois incohérentes qui peuplent les longs moments d’attente du sommeil, les autres découvriront au fil des pages un portrait en creux de l’auteur attachant si on va au delà du côté parfois agaçant. La révélation finale prend le lecteur au dépourvu et lui donne envie de reprendre le livre.

Livre critiqué dans le cadre de masse critique de Babelio que je remercie 

Lost in translation

Suffit-il d’une enquête pour créer un roman policier ? Dans un japon contemporain qui n’apparait qu’en filigrane, Tamaki, jeune auteure, recherche O, personnage réel ou imaginaire du roman « Innocent » écrit par son idole Midorikawa . Elle rencontre les proches de l’écrivain décédé et dessine peu à peu son portrait et celui de sa maitresse O. A cette intrigue principale se mêle celle du roman de Modorikawa enchâssé dans le texte, et l’histoire tourmentée  que Tamaki poursuit avec Seiji son éditeur et amant. On sent au détour d’une note du traducteur que l’aspect formel du texte doit être important en japonais. Affadi par la traduction, il reste une sorte de roman picaresque qui manque à mon sens d’une réelle tension pour pouvoir être qualifié de policier.

Livre critiqué dans le cadre du jury  Seuil-policiers de Babelio que je remercie

Fils indigne

A genoux, c’est plus dur, mais c’est çà qui ramène le plus de fric. Six mois qu’il faisait la manche. Au début, il tendait la main debout. Pas bon çà, on ne le voyait pas. Il s’était dégotté une bonne place face à Hédiard.
« T’es encore là toi ?  » Pas la peine de lever les yeux pour savoir que le vieux allait remettre çà. Le mieux, c’était de pas moufter. Trois fois déjà cette semaine que l’ancêtre était venu lui sonner les cloches. Cà durait pas bien longtemps et çà se terminait par une pièce, même un billet la dernière fois. Il suffisait d’attendre que l’orage passe.
« Je t’ai déjà dit que tu pouvais pas rester là ! » pestait l’ancien « Regarde toi un peu, à ton âge si c’est pas une honte » Ben quoi ? C’était sa faute si à vingt cinq ans il s’était fait virer de chez ses parents ? Il avait cherché des petits boulots, mais c’est pas de la tarte les petits boulots. Il faut les trouver et après, il faut bosser. Pépère n’avait pas l’air de se calmer « Remues toi donc un peu, fainéant, tu peux pas aller bosser comme tout le monde ? » Franchement, il avait pas envie de lui ressembler au vieux schnock. Tout raide dans son costard noir, même en colère, il avait l’air d’avoir avalé un parapluie. Un gratte papier c’est tout ce qu’il était. Plutôt faire la manche que finir comme çà. Le râleur se calma d’un coup. Il se cassa en deux, lâcha un billet, aussi honteux que s’il avait roté, et partit à toute allure.

Le mendiant attendit qu’il soit juste assez loin pour ne pas entendre « Merci Papa ».

Un château fier et modeste à la fois

Photo N. CouchotLe visiteur aperçoit de loin la tour carrée crénelée qui domine le vignoble et se dit « encore une invention d’un architecte néo-moyenâgeux ». Pour accéder à la visite, on traverse une cour pavée agrémentée de jets d’eau en croisant un ouvrier agricole en train de repeindre un porte. Les apparences sont trompeuses.
« Bienvenue à Chateau Coutet ! – s’exclame Aline Baly – vous venez d’Alsace ? Nous sommes le château alsacien du sauternais, je vais vous raconter… »
Le visiteur attentif apprend que le château date du XIIIe siècle, la tour carrée est donc d’époque. Longtemps propriété de la famille Lur-Saluces, celle d’Yquem, le château a abrité les écuries du plus prestigieux des Sauternes. La légende veut qu’un tunnel relie les deux maisons mais il n’a jamais été localisé. « J’aimerais bien le trouver un jour, il doit receler quelques belles bouteilles » poursuit la guide, qui cache son titre de Directrice Marketing et communication, préférant parler de son domaine avec une passion communicative. Une pointe d’accent américain trahit sa formation dans les meilleures écoles d’outre Atlantique. Elle est revenue au bercail à la demande de son oncle – le pseudo ouvrier agricole aperçu en arrivant – et constitue la troisième génération à la tête du domaine. La famille n’est pas issue du sérail bordelais, ici on ne se la joue pas « grande maison ». Le grand-père, transporteur alsacien, voulait investir dans la région, il s’est décidé selon la légende familiale en un week-end, à acheter Coutet, mis au défi par ses amis de relever un tel challenge. Très vite il a compris que le vin est un métier et que porter un nom chargé d’histoire confère quelques devoirs. C’est pourquoi il s’est rapproché d’une grande famille du vignoble qui assure la vinification et la distribution.
Place à la visite, elle commence naturellement dans la vigne, par une leçon de climatologie : les cinq communes de l’AOC Sauternes sont au confluent du Ciron et de la Garonne. Les eaux froides du premier provoquent dès la fin de l’été des fréquentes brumes matinales qui se dissipent comme dans tous les bulletins météo en cours de journée. L’alternance quotidienne de brume et de chaleur favorise le développement du précieux Botrytis cinerea, « pourriture noble » qui donne son caractère au vins de l’appellation.
Dans le pressoir on note à côté u matériel pneumatique moderne, d’énormes presses verticales venues de Lyon. Cette particularité du domaine intéresse beaucoup d’oenologues. En substance, elle permet au prix d’un surcroit de main d’oeuvre un pressurage prolongé des précieux raisins.
Passage dans les chais, longs de 100 mètres où s’alignent les barriques. Dans ces écuries reconverties le vin vieillit doucement pendant 18 mois.
C’est enfin le moment de la dégustation, le vin de Coutet et opulent à l’extrême, on y cherche un peu le côté tranchant censé être lié à son nom – qui vient de couteau – mais on y trouve sans peine les notes d’ananas caractéristiques. Aline Baly le recommande avec de la dinde ou un beau plateau de fromages. L’usage traditionnel en vin de dessert lui fait un peu friser le nez, qu’elle a joli.
Fin de la visite, aux antipodes des parcours formatés de la plupart des grandes maisons, le visiteur a bénéficié d’un accompagnement chaleureux et vivant. Très impliquée dans l’exploitation, Aline Baly fait partager sa fierté d’un premier grand cru classé qui sait rester modeste.

Une vision, deux coupables et un pigeon

Tout ou presque a été écrit sur la dernière production de la chef de file du « rompol » à la française. De l’impatience des aficionados – 3 ans d’attente depuis « Un lieu incertain » – aux néophytes décontenancés face à l’équipe de bras cassés du « pelleteur de nuage » Adamsberg. Les critiques pourtant avisés du « Masque et la Plume » ont ainsi réduit un peu vite ce livre à de la littérature pour nanas. Il est certain que pour goûter la galerie improbable de personnages qui fait le charme de cette série, il vaut mieux être entré un peu plus tôt dans la brigade criminelle assez foutraque dirigée par le commissaire Adamsberg. Autour du lieutenant hypersomniaque, l’adjoint alcoolique hypermnésique et l’armoire à glace « embedded » répondant au doux prénom de Violette, on retrouve avec plaisir le fils caché, le voisin résistant, voire l’assassin d’une précédente affaire. Celle-ci flirte avec le fantastique à son origine : une jeune femme a vu dans son village normand l’armée furieuse, une cohorte de fantômes qui annonce la mort prochaine des pires ordures du voisinage. Cela n’empêche pas l’enquête d’être solidement menée, doublée par une intrigue secondaire étoffée. Adamsberg n’hésite pas à franchir la ligne jaune en laissant échapper un suspect qu’il croit innocent. Bien sur tous les coupables finiront par être démasqués, à l’issue des rebondissements qui vont bien. S’il fallait une ultime raison de lire ce livre, elle pourrait être donnée par le leitmotiv du pigeon Hellebaud, objet d’une troisième enquête parallèle, qui sera résolue de façon inattendue tant par la méthode que par l’enquêteur. L’ouvrage est donc hautement recommandable, en s’étant si nécessaire familiarisé avec les personnages, par exemple avec l’incontournable « Pars vite et reviens tard ».